Saturday, November 7, 2015

La fondation de la Famille de la Sainte-Trinité (2/2)

Mère Mariam

Avec le Métropolite Georges (Khodr) le jour où
Mère Mariam a reçu le bâton d'Higoumène
   Le monastère Saint Jean-Baptiste avait en effet été désaffecté de 1942 à 1990. Auparavant, sous l'occupation turque, la vie monastique, instable, avait dépendu de la situation politique et militaire. Pour situer les choses, rappelons que dans le Liban indépendant (1943), la première communauté monastique orthodoxe fut fondée en 1958 par le Père Elias (Marcos) à Deir- El- Harf. En prévision de la relance en ce lieu de la vie monastique, Mgr Georges [Khodr] avait demandé à l'Archimandrite Wadih Chalhoub, le prêtre de Douma, le village voisin, d'y faire quelques réparations. Ainsi, cinq petites chambres avaient été arrangées, au second étage, pour pouvoir accueillir les sœurs. Quant au Père Thomas, il était obligé de dormir dans une petite chambre très humide, aux murs tachetés de vert par la moisissure. Et le frère occupait une pièce en dehors du monastère.
Travaux de restauration
   Les travaux de restauration commencèrent. Le salon principal, au rez-de-chaussée, avec ses voûtes du dix-neuvième siècle, était noir de fumée. Les milices, en effet, y avaient fait du feu. Une partie des dalles du sol avaient été enlevées et entassées d'un côté. D'un autre côté, un amoncellement de sommiers de lits en fer. Les fenêtres étaient béantes, laissant libre passage aux gens, aux animaux et à la pluie des tempêtes ... Il a fallu, tant bien que mal, fermer les fenêtres par des planchés pour défendre l'entrée aux chacals pendant la nuit. Dans la salle à manger, des sacs de sable amassés, mis là pour éviter les éclats d'obus, bouchaient les fenêtres et empêchaient la lumière de pénétrer. Les dalles aussi étaient entassées, et la petite cuisine à côté était fermée par des cadenas. Il était défendu d'y entrer. On finit par obtenir qu'on ouvrît les portes: il y avait là de la dynamite et des missiles... Au rez-de-chaussée, à droite de la porte du monastère, à côté d'un grenier, il y avait une cave - du Vème siècle -, remplie de jarres d'huile, anciennes et cassées, de toutes sortes de vieux ustensiles agricoles rouillés, de meubles détruits. Les rats, les souris et les serpents s'y baladaient librement.
Le grenier qui devenu l'église de la Sainte Trinité
   Après six ans, ce grenier est devenu l'église de la Sainte Trinité, très belle, tout ornée d'icônes du même style que celui que le Père Sophrony à donné à l'église Saint Silouane au monastère d'Essex.
   Les gens de la région disaient qu'un serpent millénaire fréquentait ce grenier et défendait à quiconque d'y entrer ... En ce lieu, aujourd'hui, plus de serpent, plus de démon: l'ange de lumière est tombé du ciel et, par l'Incarnation, la Croix et la Résurrection, par la vie du Seigneur Jésus, par le don de son corps et de son sang, il n'y a plus de serpent qui ait de pouvoir sur les fils de l'Agneau.
L'église Saint Jean-Baptiste en 1994
   Cinq jours après son arrivée, la communauté célébra sa première liturgie dans l'ancienne église du monastère, du Vème siècle, l'église Saint-Jean-Baptiste. C'était le 4 novembre. Des croyants de plusieurs paroisses y participèrent. Dix ans après la refondation de la communauté monastique, cette église voûtée de l500 ans est restaurée et embellie. Cet endroit manque de beauté et d'art, mais demeure chargé des prières des moines et des fidèles qui y sont passés. Le 4 novembre, une vingtaine de personnes déjeunèrent avec la communauté, de pommes de terre bouillies, d'œufs durs, d'olives libanaises traditionnelles et de pain.
   Deux ans passèrent. Le Père Thomas et le frère, auxquels se joignirent deux autres Libanais durant cette période, occupaient une maison, qui sera transformée plus tard en lieu monastique sous le nom de Saint-Silouane, mais qui était occupée aussi par des gens qui refusaient de la quitter et qui menaçaient d'utiliser la violence. C'était une petite maison au voisinage du Monastère Saint Jean-Baptiste, très ancienne et en mauvais état, dont l'une des parties était utilisée comme bergerie.
   Les travaux ont commencé sans aucune aide de la part des gens de Douma, qui désapprouvaient totalement et la réouverture du monastère, et la structure de la communauté de la Sainte Trinité: deux monastères, l'un pour les moines, l'autre pour les moniales, sous une seule direction. De plus, certains entendaient continuer à bénéficier des biens matériels du monastère, aux vastes oliveraies.
Travaux de restauration
   Cependant, aucun des membres de la Famille de la Sainte Trinité ne fut obnubilé par les difficultés à affronter, et chacun avait le cœur enflammé d'amour divin, poussé à continuer dans la voie spirituelle que le Père Sophrony avait tracée en 1987 et que l'Evêque Georges avait bénie, la voie que le Père Elias [Marcos], l'higoumène du Monastère Saint-Georges à Deir-EI-Harf avait confirmée par ses prières et ses directives.
   En vérité, un bon nombre de gens, et des parents de membres de cette petite communauté monastique, certains ecclésiastiques même nous regardaient avec méfiance et, le plus souvent, refusaient cette nouvelle structure de vie monastique. Mais la caravane passait, assurée par la bénédiction de Mgr Geor­ges [Khodr], les prières des pères et des saints, surtout l'illustre et glorieux Précurseur, Saint Silouane et le Père Sophrony : la bénédiction divine se rendait clairement sensible.
La Famille de la Sainte Trinité en 1992 avec le Père Elias Morkos
du Monastère Saint Georges - Deir El Harf.
   La Famille de la Sainte Trinité est constituée de deux pôles: le Monastère Saint Jean-­Baptiste pour les sœurs, dont l'abbesse est Mère Mariam, et le Monastère Saint-Silouane pour les frères, dont l'abbé est le Père Tho­mas. C'est la première fois que le Monastère Saint Jean-Baptiste est occupé par des moniales. Il fut toujours, et dès le commencement au cinquième siècle, un monastère de moines.
   La vie quotidienne commence à l'aube, vers trois heures du matin, temps où la communauté se réveille pour la prière du canon individuel monastique. Pour le réveil, le Père Thomas prend en main un banc en bois, utilisé comme tallendum, sur lequel il frappe avec une petite pierre. À cinq heures, les lundis, mercredis et vendredis, on entre à l'église pour la prière de Minuit, les Matines et la prière de Prime. Les mardis, jeudis, samedis et dimanches, on célèbre la Divine Liturgie, de même que les jours des grandes fètes. En plus des Vigiles nocturnes ... Après le service matinal, toute la communauté commence sa journée de travail.
L'église de la Sainte Trinité aujourd'hui
   Depuis la fondation et maintenant encore, les sœurs et les frères travaillent séparément: cet arrangement a été pris par le Père Thomas et par Mère Mariam. Ils ont pris en considération la mentalité du Proche-Orient, qui refuse le mélange entre femmes et hommes dans la vie publique et, surtout, dans la vie monastique, bien que ce type de structure monastique double ait existé dans le passé. Le célèbre Monastère de la Mère de Dieu à Saydneya, en Syrie, connut une vie monastique double jusqu'au XVIe siècle. Cela cessa ensuite, à cause de l'influence de la culture arabe islamique et l’occupation Turque qui dura 450 années dans cette région.
   S'ils ne travaillent pas ensemble, les frères et les sœurs mangent dans le même réfectoire. De part et d'autre de la table principale - celle du Père Thomas et de Mère Mariam. Dans le même réfectoire, d'autres tables réservées aux fidèles qui viennent participer aux services et au repas. Et c'est dans la même église que se rassemblent, autour de deux lutrins différents, les frères et les sœurs pour la prière.
Le Monastère Saint-Baptiste aujourd'hui
   L'horaire des repas, au début, était différent de celui qui est suivi actuellement. Il y avait deux repas, le déjeuner à 9h 30 du matin, précédé de la Prière des Heures ou d'autres prières, de la Paraklisis de la Mère de Dieu chaque mercredi, ou de la Prière de Jésus chaque vendredi. Le dîner à 6h 30 du soir, un dîner léger, sans huile à la veille de chaque Divine Liturgie. Avec le temps, on a découvert que la préparation de trois repas est plus commode à la cuisine, surtout que le petit déjeuner est léger, libre et rapide, tout de suite après la prière des Matines. Un bon déjeuner à 13h, un dîner léger à 7h. Puis le monastère rentre dans le silence. Chacun se rend à sa cellule, sauf celles qui servent à la cuisine - c'est la tâche des sœurs,  les frères en sont dispensés. Chaque moine et chaque moniale doit avoir six heures de repos par nuit.
   En été, le dîner est à 7h 30, et cela pour avoir tout le temps qu'il faut pour irriguer les cultures du monastère. Les cultures en effet assurent la subsistance du monastère: on en distribue aussi aux fidèles qui visitent le monastère.
Monastère Saint Silouane L'Athonite aujourd'hui
   Le régime alimentaire exige une abstinence totale de viande. L'abstinence d'huile est exigée, en plus du temps du Grand Carême, les lundis, mercredis et vendredis de chaque semaine hors de la période pascale. Les laitages sont permis les mardis, jeudis, samedis et dimanches des semaines qui n'appartiennent pas aux périodes de Carême et d'abstinence ecclésiastiques et monastiques.
   Les terres autour du monastère sont très vastes et sont plantées d'un grand nombre d'oliviers, dont certains ont quatre siècles, d'autres dix ans, d'autres, quatre seulement.
   Ils constituent la principale ressource du monastère. La seconde est le miel. Le monastère a des ruches dont le produit varie suivant le climat et le pâturage.
   Dès son établissement, la communauté a déraciné les pommiers malades, négligés ou abandonnés, pour les remplacer par des vignes, elles produisent du vin doux pour l'autel. Des arbres fruitiers furent aussi plantés, et des rosiers, qui donnent fruits et confitures, et de l'eau de rose.
   Évidemment, pour obtenir ces résultats, il a fallu des années de nettoyage et de débroussaillage. Combien de fois n'a-t-on pas déraciné les plantes sauvages, les ronces par exemple, avant qu'elles ne disparaissent totalement. Il fallut aussi rebâtir et redresser les terrasses ruinées et démolies, défricher à nouveau le sol et l'amender. Ce ne fut pas facile à faire. La même chose, grâce à Dieu, se faisait au niveau du cœur et de l'âme…
Les oliviers
   Autres activités, la communauté produit aussi des icônes collées, des croix en bois d'olivier et vaque à divers autres travaux manuels.
   Parmi les choses les plus importantes, il y a les publications: source d'enseignement, des éditions et des traductions viennent enrichir la bibliothèque spirituelle. Ainsi, c'est au travail du Père Thomas que l'on doit la première édition en arabe du Synaxaire Orthodoxe d'Antioche. Et il y a aussi, en plus de brochures, de livres et d'articles édités ou traduits, les traductions en arabe de tous les livres du Père Sophrony par Mère Mariam.
   De nombreux dons de fidèles ont contribué à la restauration du grand grenier, transformé en 1996 en église de la Sainte-Trinité, de même qu'à la restauration, en l'an 2000, des deux églises du Précurseur et de la Mère de Dieu. D'autres constructions ont eu lieu également, comme le nouveau bâtiment pour les sœurs, dont le nombre a atteint la douzaine (en 2015, la communauté compte 21 personnes). On a aussi restauré la petite maison, qui est devenue le Monastère Saint-Silouane, pour les frères.
La Famille de la Sainte Trinité avec le Métropolite Georges (Khodr) en 2014

   Dans les deux monastères, il y a plusieurs cellules qui pourraient recevoir des moines et des moniales; il y en a d'autres encore, pour les visiteurs qui viennent faire des retraites spirituelles et prier avec la communauté. Ce sont surtout les dimanches et jours de grandes fêtes que les croyants visitent le monastère, viennent pour assister à la Divine Liturgie et écouter le sermon. Ils y passent la journée et y partagent la nourriture du corps et de l'âme, par l'enseignement, la direction spirituelle et la confession. Cette "Famille de la Sainte Trinité", comme d'autres monastères au Liban, est devenue un des lieux qui chantent la gloire de Dieu et de l'Orthodoxie en notre temps.
   Des dizaines de personnes sont devenues maintenant les fils et les filles spirituels du Père Thomas et de Mère Mariam. La Parole de Dieu s'est établie dans les deux monastères et prend peu à peu la place du vide spirituel' dans la communauté et dans son environnement. .. Par l'intercession de la Mère de Dieu, de saint Jean-Baptiste et de saint Silouane, et par les prières du Père Sophrony.
Amen.